Lorsque j’ai emménagé dans ma nouvelle maison, on m’a volé ma voiture… Une vieille Honda grise que j’avais achetée d’occasion trois ans plus tôt, avec une bosse sur le pare-chocs et un rétroviseur raffistolé avec du scotch. Elle ne valait pas grand-chose, mais c’était la mienne, et quand j’ai vu que l’allée était vide ce matin-là, ça m’a foutu un malaise que je n’arrivais pas vraiment à expliquer…
Les voleurs n’ont pas attendu bien longtemps pour se manifester : deux jours après mon installation, alors que je venais de défaire mon dernier carton, elle avait disparu… Au commissariat, un agent aux yeux fatigués m’a expliqué, en faisant tourner son stylo entre ses doigts, qu’ils ne patrouillaient jamais dans ce coin de la ville. « C’est un quartier tranquille, vous savez… » m’a-t-il dit après avoir ramassé son stylo qui lui avait échappé des mains. Mais bon, en constatant que ma voiture n’était plus là, les mots sonnaient creux. Alors je suis rentré chez moi, déçu.
En arrivant à la maison, mes voisins, un couple de retraités, m’attendaient sur le trottoir, visiblement inquiets. En apprenant ce qu’il s’était passé, ils m’ont expliqué que le quartier était ciblé depuis quelques temps. Des types organisés qui écumaient la ville à la recherche de proies faciles et isolées. Ils m’ont parlé d’une femme au coin de la rue qui s’était fait cambrioler en plein jour après avoir ouvert sa porte à deux hommes en combinaison bleue se présentant comme opérateurs du service des eaux.
La pauvre, elle n’avait rien vu venir… C’est le défaut des gens bien : ils imaginent difficilement la malveillance chez les autres.
Deux nuits plus tard, je m’apprêtais à aller me coucher après une soirée films d’horreur quand quelqu’un a frappé à la porte. Des coups secs, presque autoritaires, puis une voix a résonné :
« Police, ouvrez ! On nous a signalé un cambriolage dans la maison voisine, et nous aimerions vous poser quelques questions. »
Dans la panique, je me suis dépêché de déverrouiller le loquet.
Et c’est là que la phrase de l’agent au commissariat est remontée…
Nous ne patrouillons jamais dans ce quartier.
Deux silhouettes sombres m’attendaient de l’autre côté.
Et j’avais déjà ouvert.
