Je n’ai jamais ouvert ces portes à personne.
Il est des œuvres qui exigent le silence, et des regards qui ne sauraient les comprendre sans s’en trouver à jamais altérés. Ma collection appartient à cette catégorie, celle que l’on ne dévoile qu’au prix d’un certain renoncement.
Il m’a fallu des années pour la constituer. Des années de patience, de tâtonnements, de ratés douloureux, de nuits passées à recommencer ce que j’avais cru achevé. J’ai appris à mes dépens que le moindre défaut se paie cher lorsque l’on travaille une matière aussi… capricieuse. Aussi ai-je fini par concevoir moi-même les cadres destinés à exhiber mes pièces : rien de ce que j’ai créé ne pouvait reposer sur un support vulgaire.
Oh… ceux-là ? Non, je vous en prie, ne regardez pas là-bas. Ce sont mes débuts, des tentatives maladroites, presque insultantes pour l’art que je pratique aujourd’hui. À l’époque, je croyais la chose simple. Ha ! Quelle naïveté ! On s’imagine toujours que la main suffit, alors qu’il faut avant l’œil, et une patience presque inhumaine. J’en rougie encore, tant ces échecs trahissent mon inexpérience.
Avec le temps, pourtant, le geste est devenu sûr. Une fois la technique assimilée, elle se laisse dompter avec une docilité troublante. La matière cède, comme si elle avait toujours attendu ce moment.
À présent, si vous le voulez bien, ne bougez plus… Je vous demande pardon par avance : cela risque d’être douloureux. D’abord, une incision délicate le long de la mâchoire, puis une au-dessus des oreilles… Pour finir par une coupe nette au niveau de la tempe. Si l’on s’y prend correctement, la peau se détache presque naturellement.
Et… voilà !
Arrêtez de crier et regardez-moi cette merveille ! Magnifique !
